“Nous ne manquons pas d’amour, mais souvent, nous parlons des langues différentes pour l’exprimer.”
Mon approche
En tant que sexothérapeute et thérapeute de couple, j’observe souvent que les difficultés relationnelles ne viennent pas d’un manque d’amour, mais d’un manque de traduction émotionnelle.
Nous avons chacun notre manière d’exprimer nos sentiments, et parfois, ces “langages” ne se rencontrent pas.
Le concept des langages de l’amour, développé par Gary Chapman, n’est pas un modèle scientifique, mais un outil de développement personnel très pertinent pour apprendre à mieux se comprendre.
Au fil des années, j’ai pu constater qu’en intégrant cette approche en thérapie, les couples parviennent à se reconnecter, à ajuster leurs gestes et à redonner du sens à leurs échanges.
Toutes les attentions ne nous touchent pas de la même manière
Bien sûr, toutes les petites attentions font plaisir : un café préparé, un message gentil, un geste tendre.
Mais selon notre sensibilité propre, certaines marques d’amour nous font réellement nous sentir aimé·es, tandis que d’autres, bien qu’agréables, ne viennent pas nourrir notre besoin profond.
Par exemple, une personne peut se sentir profondément comblée par les gestes concrets (ex: un dîner préparé, une aide logistique) alors qu’une autre aura besoin d’entendre “je t’aime, tu comptes pour moi” pour se sentir vraiment reliée à l’autre.
Ce n’est pas une question d’exigence, mais de langage émotionnel : nous n’avons pas tous appris la même grammaire de l’amour.
Les cinq langages de l’amour
Chacun de nous privilégie une ou deux façons d’exprimer et de recevoir l’amour. Les reconnaître, c’est apprendre à ajuster notre manière d’aimer pour qu’elle soit comprise par l’autre.
- Les paroles valorisantes
C’est le langage des mots : compliments, encouragements, gratitude, reconnaissance.
Un “je suis fier·e de toi” ou “tu es important·e pour moi” vaut parfois mille gestes.
En thérapie, cela invite à oser dire les choses belles et vraies, même dans la routine.
- Les moments de qualité
Ce langage se manifeste par le temps accordé et la présence pleine.
Partager un repas sans téléphone, marcher ensemble, rire d’un souvenir : autant de moments qui disent “tu comptes pour moi”.
Dans notre monde rapide et dispersé, offrir sa présence est une preuve d’amour essentielle.
- Les cadeaux
Il ne s’agit pas de valeur matérielle, mais de symboles d’attention : un mot, une fleur, un petit objet choisi avec soin.
Ce langage exprime : “Je pense à toi, même quand tu n’es pas là.”
En thérapie, il s’agit souvent de déconstruire la peur d’être perçu·e comme matérialiste et de reconnaître la valeur émotionnelle du symbole.
- Les services rendus
Ici, l’amour s’exprime par des gestes concrets : préparer le café, faire une course, anticiper un besoin.
C’est une manière de dire : “Je prends soin de toi.”
On explore souvent la frontière entre le don sincère et le sacrifice silencieux, pour que l’amour reste un choix et non une obligation.
- Le toucher physique
Pour certaines personnes, le contact corporel est central : un câlin, une main posée sur la joue, une étreinte avant de partir.
Le toucher nourrit la sécurité affective et la connexion émotionnelle.
Dans la sexualité comme dans le quotidien, ce langage aide à retrouver la présence corporelle et la régulation émotionnelle par le contact.
Exemple d’un couple accompagné
Un couple que j’ai accompagné récemment disait :
“On s’aime, mais on a l’impression de ne plus parler la même langue.”
Ils se sentaient tous deux frustrés, persuadés de “tout donner” sans que ce soit jamais reconnu.
En explorant leurs langages de l’amour, nous avons découvert que l’un exprimait son affection par les services rendus : il prenait des initiatives, s’occupait de tout pour soulager sa partenaire.
Mais elle, de son côté, avait besoin avant tout de paroles valorisantes : entendre “je t’aime”, “je te trouve belle”, “merci pour ce que tu fais”.
Ils donnaient beaucoup, mais dans des langages différents.
Alors oui, cela fait plaisir quand on nous aide à poster un colis ou à vider le lave-vaisselle.
Mais si notre cœur a besoin d’entendre des mots tendres, ces gestes ne suffiront pas à combler le besoin émotionnel.
En prenant conscience de cela, ils ont pu réapprendre à aimer dans la langue de l’autre, sans perdre la leur, simplement en traduisant leur affection dans un langage compréhensible.
Les origines et l’évolution de nos langages d’amour
Nos langages de l’amour se construisent dès l’enfance, à travers les modèles affectifs que nous avons observés : la manière dont nos parents, nos figures d’attachement ou nos environnements exprimaient (ou non) l’amour.
Ces expériences façonnent notre manière de donner, de recevoir et de percevoir l’amour à l’âge adulte.
Au fil du temps, ces langages peuvent évoluer : une nouvelle relation, un changement de rythme de vie, une blessure ou une guérison peuvent modifier nos besoins.
Mais leurs racines restent ancrées dans nos premières représentations de ce que signifie “être aimé·e”.
Un petit exercice à tester à deux
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Identifiez vos langages de l’amour principaux (vous pouvez vous aider de ce test)
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Observez comment vous exprimez spontanément votre amour.
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Demandez à votre partenaire ce qui, pour lui ou elle, constitue une preuve d’amour.
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Pendant une semaine, essayez de parler sa langue : offrez-lui de l’amour dans le code qui lui correspond.
Les effets sont souvent surprenants : plus de connexion, moins de malentendus, davantage de tendresse.
En conclusion
Les langages de l’amour ne sont ni une vérité absolue ni une méthode magique.
Mais ils offrent un outil de conscience et d’ajustement puissant : une manière d’apprendre à aimer non pas “comme on voudrait être aimé·e”, mais comme l’autre en a besoin.
“Aimer, c’est apprendre la langue qui fait vibrer le cœur de l’autre.”

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