Les violences sexuelles et sexistes (VSS) ne s’arrêtent pas à l’instant de l’agression. Elles peuvent laisser une empreinte invisible qui bouleverse la manière dont on se perçoit, dont on vit sa sexualité et dont on se relie à son ou sa partenaire. Ces impacts, souvent méconnus, peuvent durer des mois ou des années, et concernent aussi bien le rapport à soi que la vie de couple. Comprendre ces effets est une étape essentielle vers la reconstruction sexuelle et intime.
Quand le corps devient un territoire étranger
Après un traumatisme sexuel, il est fréquent de ressentir une distance avec son propre corps. Certain·es parlent d’une sensation de dissociation, comme s’illes ne l’habitaient plus vraiment. Parfois, c’est l’inverse : une hypersensibilité aux touchers, aux bruits ou aux gestes, qui peut rendre tout contact difficile. Dans les deux cas, la sécurité corporelle est fragilisée, et retrouver une relation sereine avec ses sensations devient un véritable défi.
Désir et plaisir : un équilibre fragilisé
Les violences sexuelles peuvent transformer le rapport au désir. La libido peut s’éteindre, rendant l’intimité plus rare ou source d’angoisse. À l’inverse, certaines personnes développent une sexualité compulsive, comme une tentative de reprendre le contrôle sur leur corps. Le plaisir sexuel lui-même peut être mêlé à de la peur, de la culpabilité ou des flashbacks, et l’orgasme peut devenir plus difficile à atteindre, voire associé à des émotions négatives.
Les répercussions sur la vie de couple
Dans un couple, ces changements ne touchent pas uniquement la personne qui a subi les violences : ils impactent aussi la relation. La communication autour de la sexualité peut devenir plus délicate, par crainte de blesser ou d’être mal compris·e. Des phases d’éloignement peuvent apparaître, chacun·e cherchant sa place dans ce nouvel équilibre. Pourtant, avec écoute, patience et bienveillance, le couple peut aussi devenir un espace de soutien et de guérison.
Travailler sur le trauma pour une sexualité plus sécurisante
Il est possible de travailler sur le trauma pour que la sexualité redevienne un espace où l’on se sent en sécurité, libre et respecté·e. Cela ne signifie pas « oublier » — car on n’efface pas une telle expérience — mais réinvestir son intimité avec de nouveaux repères, où le consentement, la lenteur et la douceur prennent toute leur place.
La honte doit changer de camp : la responsabilité n’appartient jamais à la victime. Il est également essentiel de sortir de l’idée du devoir conjugal et de la pression à la performance sexuelle pour « satisfaire » son ou sa partenaire. Se forcer à avoir un rapport, dans l’espoir de sauver la relation ou de combler l’autre, risque d’aggraver un blocage et d’augmenter la souffrance psychique ou physique.
La reconstruction sexuelle est un réapprentissage, une réorganisation de ce que représente la sexualité. Elle demande du temps, un rythme adapté et un environnement sécurisant. Cela peut passer par des moments d’intimité non sexuels, des contacts physiques choisis et progressifs, et une exploration douce des sensations agréables, à son propre rythme.
Retrouver une intimité choisie et apaisée
Se reconstruire ne signifie pas « redevenir comme avant », mais inventer une nouvelle manière de vivre son corps et sa sexualité, alignée avec ses limites et ses besoins. L’accompagnement par un·e sexothérapeute ou un·e thérapeute de couple formé·e aux traumas sexuels peut aider à avancer pas à pas, avec des outils concrets pour rétablir la confiance, réactiver le désir et retisser le lien à l’autre.
Un chemin unique, sans calendrier… et sans obligation
Il n’existe pas de délai universel pour « aller mieux » après des violences sexuelles. Chaque personne avance à son rythme, avec ses ressources, ses fragilités et ses priorités. Et il est important de le rappeler : la reconstruction dans le domaine sexuel n’est pas une obligation. Certaines personnes choisissent de ne plus investir la sexualité : c’est un choix parfaitement valide, sans honte possible, qui ne retire rien à leur valeur ni à leur capacité d’aimer et d’être aimé·e.
Notre corps et notre sexualité nous appartiennent entièrement. Il est nécessaire de lutter contre l’image normative du « couple qui va bien » — celui qui aurait des rapports fréquents, spontanés, toujours satisfaisants et menant à un orgasme partagé. Ce n’est pas la norme et cela ne devrait jamais servir à juger la qualité d’une relation. Ce qui compte, c’est que chacun·e vive son intimité en accord avec ses désirs, ses besoins et ses choix.
Ressources utiles
- 3919 – Violences femmes info (7j/7, 24h/24, gratuit, anonyme)
- SOS Viol – 0 800 05 95 95 (24h/24, gratuit, anonyme)
- Enfance en danger – 119
Accompagnement en sexothérapie à Strasbourg et en ligne
En tant que sexothérapeute et thérapeute de couple à Strasbourg, j’accompagne les personnes et les couples touchés par les traumatismes sexuels, pour les aider à retrouver une relation apaisée avec leur corps, leur sexualité et leurs liens affectifs. Chaque séance se déroule dans un cadre sécurisant, confidentiel et bienveillant.
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